De Phocée à Rome : l’épopée monétaire de Massalia
Si Marseille est la plus ancienne ville de France, elle est aussi le premier grand foyer d'émission monétaire du territoire. Bien avant l'arrivée du denier romain ou du franc, les ateliers de Massalia ont frappé des pièces en argent qui ont irrigué tout le midi de la Gaule et la vallée du Rhône. Retour sur une histoire numismatique fascinante, de la cité ionienne à l'intégration dans l'Empire romain.
Phocée : les origines anatoliennes du monnayage
Vers 500 av. J.-C., des marins grecs venus de Phocée (une cité d'Ionie située en Asie Mineure, aujourd'hui en Turquie) fondent le comptoir de Massalia.
En Ionie, la monnaie existe déjà depuis presque un siècle. Les Phocéens maîtrisent parfaitement la frappe sur électrum (alliage naturel d'or et d'argent) puis sur argent pur. Lorsqu'ils s'installent dans la calanque du Lacydon, ils apportent avec eux cette culture marchande et la technologie du coin monétaire.

La fondation de la colonie et l'autonomie monétaire
Au VIᵉ siècle av. J.-C., Massalia commence à frapper ses propres espèces locales. Pour répondre aux besoins du commerce quotidien avec les populations autochtones ligures et gauloises, l'atelier marseillais met en circulation des petites fractions d'argent : les oboles.
Ces monnaies archaïques présentent des visuels simples et épurés, voyons les types les plus courants pour la période archaique :
- Les tête archaique à la tête longue casquée
- Le type au crabe

- Le type à la tête casquée

L'adoption du système grec : drachmes et oboles
Au IVᵉ et IIIᵉ siècles av. J.-C., Massalia devient une puissance maritime majeure de Méditerranée occidentale. Son système monétaire se structure autour de l'étalon d'argent et adopte deux grandes valeurs :
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La Drachme en argent : pesant environ 3,7 g à ses débuts (drachme lourde), elle arbore au droit la tête couronnée d'Artémis et au revers le célèbre lion rugissant,elle réduira à moins de 3g (drachme légère).

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L'Obole en argent : très répandue (environ 0,7 g), elle sert pour les transactions locales et courantes, beaucoup de variante de tête, droite gauche, avec corne, au favoris, tête romanisée ou de pompée.

- Le bronze au taureau, avec à l'avers une tête à gauche d'Apollon et au revers un taureau

La qualité de gravure des drachmes massaliotes est remarquable. Elles portent l'inscription ΜΑΣΣΑ (MASSA) ou ΜΑΣΣΑΛΙΗΤΩΝ (MASSALIŌTŌN : « des Massaliotes ») Ce monnayage est tellement apprécié pour sa stabilité et sa pureté qu'il est largement imité par les peuples gaulois de l'arrière-pays les « imitations au lion » notamment en Transpadanie. Notez qu'il existe d'autres types plus marginaux (caducée ... )
L'intégration à Rome et la fin du monnayage de cité
Fidèle alliée de la République romaine pendant les guerres puniques, Massalia conserve très longtemps son indépendance et son privilège de frappe.
Cependant, la rupture survient en 49 av. J.-C. Lors de la guerre civile entre Jules César et Pompée, Marseille choisit le mauvais camp en restant fidèle à Pompée. Après un siège mémorable, Jules César prend la ville, confisque sa flotte et ses territoires.
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La perte de l'indépendance : Massalia est intégrée à la province de Gaule narbonnaise.
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L'alignement monétaire : L'atelier cesse progressivement d'émettre des drachmes en argent au profit des deniers et quinaires romains.
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Les bronzes coloniaux : Sous le Haut-Empire, la cité ne frappe plus que de petites monnaies de bronze à usage strictement local (bronze au caducée par exemple).
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Article écrit par Thomas Pelissero le 14/09/2026